« Ce grand paysage comprend quatre profondes vallées glaciaires, vallée de la Bonne, du Béranger, de la Malsanne et de la Roizonne, creusées dans les marges ouest des grands massifs cristallins (Oisans, Écrins). Porte d’entrée vers les sommets des Ecrins, le Valbonnais, qui abrite l’une des maisons du Parc national des Ecrins, joue un rôle touristique important mais sans bouleversement au plan de ses équipements ».
L’ensemble paysager est composé de vallées authentiques et secrètes à la fois isolées mais aussi préservées comprenant des motifs de naturalité exceptionnels.
Les vallées orientées nord-sud sont connectées à celle de la Romanche grâce à deux cols. D’autres, orientées est-ouest butent sur les hauts sommets du massif des Écrins.
La Lignarre, affluent de la Romanche, s’écoule vers le nord, alors que la Roizonne, la Malsanne et le Béranger, affluents de la Bonne, descendent des hauts sommets de l’Oisans pour rejoindre le Drac, au sud.
Le territoire est encaissé et alterne entre vallées et sommets montagneux, où la beauté minérale et boisée est omniprésente.
Le Valbonnais se montre austère avec des versants abrupts et découpés où le soleil pénètre difficilement aux fonds des vallées les plus profondes.
Au fil de l’eau, les villages groupés et de petite taille marquent les fonds de vallées dont les silhouettes épousent les formes du relief.
Les plaines agricoles et habitées, notamment celles de Valbonnais et de Périer, offrent des respirations dans les vallées et des ouvertures visuelles qui contrastent avec l’environnement montagnard.

« Les hautes vallées du Valbonnais peuvent paraître austères lorsqu’on ne fait que les traverser. Mais quand on s’immisce, au cœur de ces paysages de montagne, on découvre des vallées vivantes, des animaux dont les traces témoignent de leur présence, des plantes nichées entre les rochers, des insectes…
En cette belle journée d’été, je me rends sur l’alpage des Selles réaliser des points d’écoute des d’oiseaux. Les oiseaux sont de bons indicateurs de la qualité écologique d’un milieu ; s’il y a des oiseaux qui vivent là-haut, c’est qu’ils ont le gîte (des prairies assez hautes pour nicher au sol) et le couvert (des insectes dont ils se nourrissent et qui trouvent eux-mêmes une végétation de qualité pour s’y développer), une sorte de paysage sonore de la montagne! Je pars tôt car il faut être à 6h au premier point d’écoute à 2000 m. La montée dans le versant boisé se fait par une piste forestière où les premiers oiseaux commencent à chanter.
Cette piste a permis une exploitation de beaux sapins il y a quelques années. Au bout d’une heure de marche, la piste évolue en sentier que nous entretenons, comme tous ceux de la zone cœur du Parc, à la pioche la plupart du temps.
Le sentier sort de la forêt, petit à petit, avant de déboucher dans les prairies, là où je vais commencer les points d’écoute. Il s’agit, pendant 2 x 5 minutes d’écouter, identifier et noter les oiseaux qui chantent et se déplacent dans un rayon de 100m. Là, j’entends sans les voir trois lagopèdes alpins. En face de moi une ancienne cabane témoigne de l’utilisation de la montagne jusqu’à des altitudes élevées. En empruntant les drayes (chemins) des brebis, je descends ensuite vers une autre cabane utilisée chaque été par un éleveur qui fait ‘manger la montagne’ par son troupeau. Je retrouve quelques arbres qui luttent pour pousser à cette altitude et de nouvelles espèces d’oiseaux se font entendre.
10h, le dernier point d’écoute est réalisé à temps, plus tard les oiseaux chantent beaucoup moins. Je prends le temps de grignoter un bout, tout en profitant de la vue imprenable sur la massif de l’Armet qui me fait face, les ‘grandes Jorasses’ locales. Les 1800m de rochers raides s’étirent et abritent dans leur face nord le glacier (ou plutôt ce qu’il en reste) le plus à l’ouest des Alpes.
Je vais à la rencontre d’un berger pour prendre des nouvelles et discuter avec lui du déroulement de sa saison en alpage. Le pastoralisme est certainement l’activité qui peut avoir le plus d’impact sur les paysages de montagne en les entretenant ou en les dégradant, tout est affaire de repère et de point de vue. La principale question en cette année de sécheresse est bien sûr la ressource en eau et la qualité de l’herbe qui en découle.
Un peu plus tard, je croise des randonneurs et les renseigne sur la suite de leurs parcours. Ils félicitent le travail du Parc sur la qualité des sentiers et plus particulièrement l’équipe d’ouvriers pour qui c’est le travail quotidien durant les 3 mois d’été. Le bon état des sentiers permet de se déplacer aisément en montagne et de profiter pleinement des paysages qui nous sont offerts.
Plus bas, j’entends des forestiers en martelage qui marquent une coupe de bois qui sera exploitée, si elle est vendue : ici pas de coupe à blanc mais un marquage des arbres à abattre disséminés dans les parcelles raides. Cela ne facilite pas l’exploitation mais ne défigurera pas le paysage une fois la coupe finie, même s’il restera des cicatrices durant quelques années.
Après d’autres tournées dans la vallée minérale de Font-Turbat, dominée par l’imposante face nord de l’Olan, je reviendrai pour décrire la végétation des différents points d’écoute et corréler au mieux l’évolution de celle-ci à celle des oiseaux qui y vivent, ou en hiver pour d’autres suivi d’animaux, m’immerger une fois de plus dans ces paysages grandioses.
En fin de journée, je regagne les fonds de vallées apaisants du Valbonnais où les plaines ouvertes autours des villages contrastent avec les versants abrupts alentours. L’omniprésence de l’eau sous toutes ses formes, torrents, rivières, lacs, canaux, encore plus importants en cet été de sécheresse, est aussi un facteur d’apaisement ».
La lecture des paysages est issue de la conjugaison des thématiques observées dans les chapitres précédents. Mais les paysages sont aussi constitués par le regard que l’on porte sur eux et des images que l’on s’en fait, nourris par un imaginaire social et culturel. On ne pourrait donc pas comprendre leur construction sans tenir compte des fondements culturels qui ont forgé leurs représentations sociales.
Voici quelques faits historiques et culturels locaux qui ont marqué les esprits, ont participé à la représentation sociale des paysages et influencent notre manière de les percevoir.