« Cette introduction au Sud-Isère est symbolique d’un des traits majeurs de leurs paysages : leurs horizons lointains sont toujours occupés par les motifs majeurs de la montagne».
« Entre moyenne et haute montagne, les ambiances du Beaumont sont marquées, comme dans le Trièves, par la couleur locale du climat semi-méditerranéen.
Passés les abords des gorges et des retenues de barrages du Drac, où les pentes abruptes sont recouvertes par des boisements denses, ce sont, rive droite, des reliefs plutôt collinéens, et, rive gauche, des plateaux dominant la rivière et eux-mêmes dominés par la majestueuse silhouette de l’Obiou (2 789 m) ».
L’ensemble paysager forme une grande courbe dont le territoire, tout en longueur, est divisé en deux parties :
Les paysages sont étagés et alternent entre pentes boisées et replats ouverts et habités. La vision axiale, où les liaisons transversales sont limitées entre les deux rives, marque l’identité de la vallée du Drac.
Grâce à l’encaissement du Drac, les nombreux ouvrages hydroélectriques façonnant les paysages sont particulièrement bien intégrés. Les espaces urbains forment des chapelets groupés et organisés par rive et contrastent avec les villes des plaines de la frange nord, où les développements urbains sont importants en raison de la proximité de Grenoble.

« Arrivé tôt sur site ce matin, le lac est encore ‘d’huile’, sans vent, tout lisse. Je démarre ma journée par un contrôle visuel de la structure de nos passerelles himalayennes (écrous, câbles, caillebotis…). Ouvert au public en août 2007 et inauguré en juin 2008, ce nouvel équipement permet de relier les territoires de part et d’autres du Drac et de créer un vrai trait d’union entre le Trièves et la Matheysine. Marquant fortement le paysage naturel du Lac de Monteynard, cette installation, dédiée principalement aux piétons, offre des points de vue remarquables sur l’étendue d’eau et ses abords et offre une attractivité certaine au territoire.
En tant que responsable d’exploitation au Sivom du Lac de Monteynard, mes activités portent sur les deux rives du lac, où l’accès est seulement possible depuis Treffort (Trièves) et Mayres-Savel (Matheysine). Chaque rive présente des paysages spécifiques : des berges douces et arrondies du coté de la Matheysine et plus abruptes avec des falaises du coté Trièves. Les aménagements sont restreints autour du lac car ils sont étroitement liés aux accès et aux contraintes topographiques.
Le Sivom est un syndicat des communes riveraines du lac : 4 en Trièves et 6 en Matheysine. L’emprise du lac appartient au domaine public hydroélectrique (état), EDF est le gestionnaire du barrage et de la retenue pour la production d’énergie et le Sivom a une délégation de la part d’EDF pour gérer les activités nautiques et touristiques. Au sein de cette structure qui met en lien différents acteurs, je m’occupe également d’établir des partenariats / conventions avec les sociaux professionnels, comme les loueurs, etc.
Beaucoup d’activités sont présentes sur le lac ce qui engendre une organisation et une gestion quotidienne des pratiques pour limiter les conflits d’usages. Il y a les activités de plaisance (bateau à moteur et voilier), la pêche, les loisirs tractés et les sports liés au vent : kite, wing surf, etc. C’est la planche à voile qui a permis le développement des activités touristiques sur le lac dans les années 80. Toutes les activités nautiques sont autorisées mais la baignade est interdite.
Chaque jour, surtout durant la période estivale, je parcours les sentiers pour informer les randonneurs et les guider sur les chemins de randonnée. Je vérifie et remets en place si besoin les panneaux indicateurs pour garantir une signalétique de qualité. L’entretien des sentiers est partagé selon leur nature entre le Sivom et les deux communautés de communes concernées. Avec les passerelles, de nouveaux sentiers ont été créés ou rouverts pour proposer une offre touristique complète nommée la ‘randonnée des passerelles’. Ce parcours permet une découverte de territoires invisibles ou du moins peu connus du grand public jusqu’à présent. Les paysages sont variés : on profite d’une vision en surplomb depuis les passerelles, de points de vue remarquables sur les montagnes et les territoires voisins depuis les sentiers et au plus proche de l’eau depuis le bateau passager qui traverse le lac.
J’accorde également beaucoup d’importance aux différents espaces d’accueil sur les deux rives pour offrir un paysage qui n’est pas dégradé par les précédents visiteurs notamment (gestion des déchets, débroussaillage, etc.). La qualité de l’accueil est primordiale car c’est l’image qu’on va retenir d’un lieu.
Aujourd’hui, nous relevons une augmentation de la fréquentation du Lac de Monteynard, où les flux des usagers s’étendent dorénavant de février à novembre. La randonnée des passerelles et l’évènement sportif ‘le trail des passerelles’ ont emmené de la visibilité sur ce territoire où le grand public peut désormais profiter des attraits du lac, autrefois prisé davantage par les sportifs chevronnés. Mais cette augmentation du nombre d’usagers engendre également une saturation du site sur certaines périodes de l’année avec des conséquences à anticiper sur les aménagements (organisation des stationnements, etc.), sur la gestion et la sécurité du public.
Ce que j’apprécie particulièrement c’est de voir les différents utilisateurs heureux d’avoir passé du temps sur notre site, par leur pratique de la voile, de la randonnée ou autres, en ayant pris un bol d’air dans notre espace naturel et un peu de fraicheur avant de retourner vers les villes voisines (agglomération grenobloise, etc.) »
La lecture des paysages est issue de la conjugaison des thématiques observées dans les chapitres précédents. Mais les paysages sont aussi constitués par le regard que l’on porte sur eux et des images que l’on s’en fait, nourris par un imaginaire social et culturel. On ne pourrait donc pas comprendre leur construction sans tenir compte des fondements culturels qui ont forgé leurs représentations sociales.
Voici quelques faits historiques et culturels locaux qui ont marqué les esprits, ont participé à la représentation sociale des paysages et influencent notre manière de les percevoir.