Les paysages de Chartreuse très connus en Isère, sont caractéristiques des massifs pré-alpins de moyenne montagne.
Le caractère confidentiel et intime des paysages chartrousins s’explique par le relief, la dominance du boisement et la qualité des clairières. Les sommets rocheux de formes carrées, émergent de la vaste étendue boisée et forment des silhouettes qui veillent sur l’ensemble du territoire et constituent de fameux repères.
Le couvert forestier représente 80% de l’ensemble paysager et constitue une image de marque forte du territoire notamment à travers le label ‘Forêt d’Exception’ et l’AOC ‘Bois de Chartreuse’. Ainsi, la rareté des espaces ouverts les rend singuliers et remarquables.
La composante géologique du massif est une originalité à retenir. Le relief karstique explique la formation de nombreuses cavités et gorges.
Sur le plan patrimonial, les paysages chartrousins sont empreints de l’activité des moines Chartreux qui ont dotés le massif de la Chartreuse d’un patrimoine bâti religieux, industriels et techniques d’exception.
Une ambiance rurale et montagnarde caractérise les paysages de la partie centrale du massif. Des effets de périurbanisation sont cependant présents au sud-ouest du massif. Ces périphéries, en situation de balcons ont été intégrées au territoire métropolitain dans la partie sud.

Mon histoire a commencé en Chartreuse et se poursuit ici, à cheval entre la vallée du Grésivaudan et le massif. Je suis vraiment attachée à ce territoire. J’ai appris à skier au col de Porte et j’habite aujourd’hui à Bernin.
En Chartreuse il existe une réelle culture de la forêt et avec l’AOC on montre que c’est dynamique et absolument pas figé. Mais aujourd’hui la forêt est fragilisée par le changement climatique et par la fréquentation croissante des urbains. 60 000 personnes habitent en Chartreuse et plus d’un million autour du massif.
Le Comité interprofessionnel des Bois de Chartreuse est une association qui a pour objectif la promotion de l’AOC Bois de Chartreuse en passant par la valorisation de la filière et le maintien des emplois locaux pour maintenir la qualité des paysages.
Le Bois de Chartreuse est un produit typique, à forte notoriété, issu de facteurs naturels qui permettent la bonne croissance des sapins et des épicéas et de facteurs humains, c’est-à-dire les savoirs-faire. Nous travaillons autant auprès des propriétaires forestiers, des exploitants, des gestionnaires privés et ONF, des scieurs, des charpentiers, des architectes et des collectivités.
L’AOC Bois de Chartreuse est un outil pour maintenir la qualité des savoirs-faire et l’activité de chaque professionnel de la filière. Et c’est aussi un outil qui met en valeur ce patrimoine et qui permet d’expliquer ce patrimoine aux randonneurs qui montent en Chartreuse. Il est nécessaire et impératif de transmettre et expliquer ce qu’est la bonne gestion de la forêt à tous.
Dans l’AOC, c’est la gestion en futaie irrégulière des forêts qui est exigée, un couvert forestier constant, une récolte des bois tous les 8 à 10 ans d’une petite partie des arbres. Il faut gérer la forêt pour lutter contre les risques mais aussi pour permettre la construction de maisons. Cette forêt nous rend des services, elle protège des chutes de pierres et des avalanches, elle participe à la qualité de l’eau, à la beauté des paysages, elle accueille les randonneurs. Parfois les randonneurs ne sont pas contents quand il y a une coupe, ils ne comprennent pas pourquoi le sentier est coupé ou que les chemins ne sont pas accessibles en voiture. Il faut savoir que la forêt appartient toujours à quelqu’un: l’Etat, les communes ou des personnes privées.
Dans l’association, notre premier rôle est le contrôle. Vérifier que les pratiques des producteurs sont conformes aux bonnes pratiques identifiées dans le cahier des charges de l’AOC. Dans une journée type, je peux par exemple être amenée à contrôler une forêt à Entremont, c’est-à-dire marcher dans la forêt et vérifier les arbres martelés, vendus sur pied, puis avoir une rencontre avec un exploitant au Col de Porte et enfin me rendre à la scierie d’Entre-Deux-Guiers pour déposer des éléments de communication et rencontrer les acteurs amont de la filière.
Là où j’habite, j’ai envie de nature. Avant il y avait un verger. Aujourd’hui je suis entourée par des trottoirs et des lampadaires. Le matin je quitte mon domicile avec enthousiasme pour me rendre dans le massif de la Chartreuse. Tous les jours, , en me rendant au bureau à Saint-Pierre-de-Chartreuse, je vois les arbres. Je les connais, je les vois grandir. A Sarcenas, c’est juste fabuleux, un exemple de paysages de montagne réussi, ou au Habert du Col de Porte, les récents aménagements sont suffisants, c’est très bien. Il faut éviter la surenchère.
La lecture des paysages est issue de la conjugaison des thématiques observées dans les chapitres précédents. Mais les paysages sont aussi constitués par le regard que l’on porte sur eux et des images que l’on s’en fait, nourris par un imaginaire social et culturel. On ne pourrait donc pas comprendre leur construction sans tenir compte des fondements culturels qui ont forgé leurs représentations sociales.
Voici quelques faits historiques et culturels locaux qui ont marqué les esprits, ont participé à la représentation sociale des paysages et influencent notre manière de les percevoir.