L’ensemble paysager s’étend dans le département de l’Ain et dessine, côté Isère, une grande courbe enveloppant le plateau de l’Isle Crémieu, dont le territoire, tout en longueur, est divisé en deux parties :
Le Rhône forme une colonne vertébrale dans les paysages de la vallée même si celui-ci est difficilement visible. Bordé de part et d’autre par des forêts alluviales et des peupleraies, le fleuve se laisse surtout découvrir depuis les ponts qui le traversent.
Le territoire fait face au département de l’Ain. Les reliefs du Bugey dominent l’est de la vallée du Haut-Rhône tandis qu’à l’ouest les paysages s’ouvrent sur la plaine de l’Ain. La vision axiale autour du Rhône, où les franchissements sont limités entre les deux rives, marque l’identité de la vallée du Haut-Rhône.
Les paysages sont structurés par les boisements et les grandes cultures. Les villages patrimoniaux en pierre et en pisé occupent les pieds des versants et les bords du Rhône en tant qu’anciens ports.
Le développement économique de ce territoire est marqué dans les paysages par la création en 1987 de la base de loisirs de la Vallée Bleue et la présence de sites industriels majeurs le long du Rhône. Ces équipements, comme les cimenteries et les centrales nucléaires, contrastent avec les paysages paisibles et végétalisés de la vallée.
Ce territoire présente une identité marquée par la cohabitation de paysages industriels, agricoles et naturels.

« Dauphinois de naissance et dauphinois toujours, j’ai appris à connaître mon territoire avec mes grands-parents. Maréchal-ferrant et forgeron, agriculteurs, ce sont eux qui m’ont tout appris de la nature. De mon enfance dauphinoise je me souviens des matins levés très tôt pour travailler à la ferme : les vaches à l’étable, l’odeur du foin dans la grange, les moments passés à travers les champs, les vignes, les étangs et lacs.
Et puis, il y a 20 ans, après avoir quitté le monde scientifique, je suis tombé sous le charme du site de Quirieu qui occupe une butte isolée dominant le Rhône et j’ai créé avec quelques passionnés l’association « Imagine Quirieu ». En ce lieu s’élevait un château delphinal et son bourg clos de remparts. Si le château, renforcé et complété par un bastion vers 1547 a totalement disparu, le village s’est maintenu jusqu’au début du XXe siècle. Dans un cadre naturel plein de charme, les ruines évoquent avec force la vie de ce village endormi…
Depuis 1995, l’entretien du site est confié à un chantier d’insertion pour le rendre praticable et sécurisé tout au long de l’année.
Ce matin, j’ai rendez-vous avec l’équipe d’insertion car nous souhaitons créer un nouveau point de vue sur le grand paysage pour faire découvrir aux visiteurs le territoire et l’importance de ce site au Moyen-âge.
Aujourd’hui c’est l’ouverture paysagère sur Morestel que nous allons mettre en oeuvre. Alors qu’une partie de l’équipe forme la trouée dans les boisements pour créer un point de vue dégagé, l’autre partie coupe des robiniers pour réaliser une rambarde sécurisée d’environ 10 m. Mais il faut que je les laisse car j’entends déjà les rires et les cris joyeux des écoliers qui arrivent sur le site. Aujourd’hui il s’agit de 5 classes de sixième qui débutent leur arrivée au collège de Briord par une découverte de leur environnement.
Avec Sandrine, conteuse, l’association a mis au point un concept novateur pour les impliquer et les faire participer: « L’histoire raContée ».
Une lecture de paysage à partir d’un point de vue significatif va inciter chaque élève à se transformer en marchand qui arrive depuis la Bourgogne, le Bugey, la Bresse, la Savoie, voire même de contrées beaucoup plus lointaines avec ses épices rares. Ils se rendent sur la place du marché où ils vont chercher à vendre leurs biens. La Cité revit et résonne de rires joyeux.
Je les abandonne car je vois arriver Clotilde, notre paysagiste passionnée, avec plusieurs Sentinelles (personnes qui valorisent Quirieu dans l’ensemble du Département).
Toutes sont épuisées car elles arrivent du lac du Dauphin avec une dizaine de lianes de grande longueur. Ces bois tortueux seront ensuite installés sur les rambardes en robinier pour habiller ces garde-corps sécurisant les points de vue et créer des pièges à rêves.
L’heure du déjeuner arrive et nous nous installons au théâtre de verdure, ce lieu unique où se déroulent de nombreux événements chaque année (soirées, contes, théâtre, conférences…).
Cet après-midi, je vais rêver un peu et vais m’étendre là. Au pied du Bugey la grande plaine a perdu sa belle couleur blonde des champs de blé, d’orge ou d’avoine. C’est la couleur verte des maïs qui a pris le dessus et beaucoup de haies de séparation ont disparu emportant les gazouillis des oiseaux. Le Rhône, canalisé, voit l’industrie occuper ses berges (centrale nucléaire, barrage, cimenterie) et troubler le calme environnant.
Un dernier regard sur les Alpes et le Mont Blanc et je redescends dans la vallée. Plein d’émotions et de rencontres, la nature a une fois encore guidé mon quotidien pour me donner une soif de vie incommensurable »
La lecture des paysages est issue de la conjugaison des thématiques observées dans les chapitres précédents. Mais les paysages sont aussi constitués par le regard que l’on porte sur eux et des images que l’on s’en fait, nourris par un imaginaire social et culturel. On ne pourrait donc pas comprendre leur construction sans tenir compte des fondements culturels qui ont forgé leurs représentations sociales.
Voici quelques faits historiques et culturels locaux qui ont marqué les esprits, ont participé à la représentation sociale des paysages et influencent notre manière de les percevoir.