« Le massif des Chambarans domine abruptement la plaine de l’Isère à l’est mais s’incline doucement vers l’ouest.
Il est entaillé de plusieurs vallées parmi lesquelles la Galaure offre les paysages les plus ouverts face aux paysages fermés des plateaux supérieurs. »
Bien que des paysages boisés constituent l’essentiel des représentations sociales du plateau de Chambaran, il ne saurait se réduire à cette seule composante. Le plateau de Chambaran, d’une altitude de 600m à 700m, donne l’impression d’un paysage à part, se distinguant de ses ensembles paysagers voisins par sa situation en hauteur. Ses lisières sont boisées, pouvant être perçues depuis de lointains horizons, mais l’on découvre rapidement sa diversité en le pénétrant.
Le cœur du plateau, en cuvette, fait apparaître des paysages plus ouverts, vallonnés ou collinaires, composés de cultures, de prairies et de quelques vergers formant l’écrin des villages et des fermes isolées du val de la Galaure. Au nord, les boisements sont présents mais moins dominants, offrant des paysages collinaires cultivés, dont les bourgs sont tournés vers la plaine de Bièvre, avec laquelle ils fonctionnent principalement.
Les paysages des Chambarans procurent un sentiment particulier, celui de la traversée d’une île mystérieuse habitée de légendes, renforcé par la présence remarquable de l’abbaye de Notre-Dame de Chambaran, située dans la forêt mythique de Chambaran.

« Désireuse de revenir dans des paysages forestiers de montagne, après mon passage dans les Vosges pour mes études, l’Isère, de par sa diversité paysagère et son dynamisme, était l’un des meilleurs choix de destination, plus particulièrement la forêt des Chambaran. Cette forêt se situe à l’ouest du département, bordée par l’Isère et le Rhône et stoppée au sud-est par le massif du Vercors.
J’aime particulièrement la diversité qui règne au sein de ces bois. En effet, de nombreuses essences forestières se développent dans une alternance de feuillus/résineux : par exemple, quand je prends ma voiture en partant de Saint-étienne-de-Saint-Geoirs, je traverse de grands espaces de taillis de châtaigniers et de feuillus, mais quand je navigue vers Roybon et qu’on monte en altitude, les résineux font davantage leur apparition. C’est un paysage entrecoupé de prairies et d’espaces cultivés, ponctué par plusieurs boisements de feuillus, parsemés par quelques coupes, se fermant petit à petit par l’altitude et les résineux. Quelques panoramas surplombant les basses vallées se dégagent et m’offrent un aperçu lointain sur toutes les Alpes et parfois même le Mont Blanc.
Ce qui est remarquable dans cette forêt, c’est l’héritage des activités de l’Homme : le passé module aussi le présent. Les nombreuses verreries du XIXème siècle fonctionnaient grâce aux charbons de bois du massif. La forêt était déjà entretenue et exploitée. Aujourd’hui encore, l’entretien et l’exploitation de la forêt se positionnent dans un rayonnement local ou départemental à destination majoritairement de l’énergie (chaufferie) avec du bois fin comme le châtaignier, majoritaire dans le massif et non adapté à la construction.
« Les modifications forestières sont très perceptibles par les habitants, à l’échelle locale, par la pratique des lieux ».
La Charte des Chambaran, encadrant les actions menées sur ces boisements, s’étend sur 2 départements, l’Isère et la Drôme, sur 5 communautés d’agglomérations/communes : Valence Romans Agglo, Bièvre Isère Communauté, Porte de DrômArdèche, Saint-Marcellin Vercors Isère Communauté et Arche Agglo. Les actions sont subventionnées par l’état : les Fonds européens (FEADER, FEDER), les Fonds nationaux (pour les actions liées à la multifonctionnalité et la structuration des filières) et les Fonds régionaux, départementaux et locaux (pour les projets de construction, énergie, tourisme, éducation,…). La Charte pousse aussi à l’expérimentation de nouvelle essence. Malgré la présence majoritaire et homogène de châtaigniers, l’arrivée et la sauvegarde de nouvelles espèces sur le massif apportent de la diversité dans les essences. Je vois l’entièreté du massif forestier comme une mosaïque. On y retrouve une diversité d’espèces végétales dans son ensemble global mais réparties de façon homogène selon les localités. Dans ce sens, je me rends compte d’après les différents discours des habitants que les modifications forestières sont très perceptibles à l’échelle locale, par la pratique des lieux plutôt qu’à une échelle globale. Cette diversité entraîne une gestion au sein du territoire soumis à la Charte très sectorielle et très diverse. Cela s’explique par la proportion importante de forêts privées (85 %), gérées par le CNPF (Centre Régional de la Propriété Forestière) ou par des personnes indépendantes référentes des entreprises, ou des associations, etc. A contrario, les forêts publiques, de l’ordre de 15 %, sont gérées par l’ONF (Office National des Forêts).
Le rôle de la Charte consiste à la mise en place de programmes d’action spécialisés, en ciblant les atouts à valoriser et les faiblesses à corriger de la filière locale. Par exemple, il y a des modifications notoires dans le paysage lors de coupes stratégiques des massifs pour la prévention des feux de forêts, afin de casser des potentielles voies de propagation des flammes. Ainsi, ma fonction apporte une place fondamentale à l’information sur nos actions et à la sensibilisation.
Mon quotidien me fait travailler avec tout type d’acteurs, de l’expert forestier à l’élève d’une école primaire, j’essaye d’apporter de la connaissance à chacun d’eux et j’essaye de créer un dialogue entre eux, une rencontre. Par exemple, au cours d’une de mes journées, je peux voir tous les lieux de la chaîne de traitement du bois. Je peux participer à des animations de sensibilisation directement au sein du massif forestier le matin et l’après-midi rencontrer un exploitant de bois dans son entreprise, 2 milieux diamétralement opposés mais essentiels à la filière bois.
« Je vois l’entièreté des Chambaran comme une mosaïque ».
Ce que j’aime au cours de ces ateliers de sensibilisation, surtout ceux à destination des scolaires, c’est l’expérience qu’emmagasinent les enfants par l’immersion au sein du paysage forestier. Ce sont des choses concrètes qu’ils voient : l’alignement régulier des châtaigniers, des forêts irrégulières de plusieurs essences, la biodiversité présente à l’image des animaux et des insectes, etc. Ils font directement le lien entre les modes de gestion, expliqués à l’oral par l’ONF et l’association Fibois Isère, et ce qu’ils observent, touchent, sentent. La compréhension de la filière bois et l’apprentissage des bons gestes se font naturellement par des balades immersives dans le paysage forestier ainsi que par la rencontre des principaux acteurs de la filière (exploitant/gestionnaire) ».
La lecture des paysages est issue de la conjugaison des thématiques observées dans les chapitres précédents. Mais les paysages sont aussi constitués par le regard que l’on porte sur eux et des images que l’on s’en fait, nourris par un imaginaire social et culturel. On ne pourrait donc pas comprendre leur construction sans tenir compte des fondements culturels qui ont forgé leurs représentations sociales.
Voici quelques faits historiques et culturels locaux qui ont marqué les esprits, ont participé à la représentation sociale des paysages et influencent notre manière de les percevoir.