« Toutes les conditions sont réunies pour faire des paysages de l’Île Crémieu les paysages les plus pittoresques de l’avant-pays dauphinois sinon de l’Isère entière. »
« Le pays est comparable à un labyrinthe, que ce soit en surface, s’agissant des chemins qui le parcourent et mettent les sites en relation, ou en profondeur, dans les kilomètres de galeries souterraines qui redoublent son mystère. Il semble avoir toujours été habité, plus ou moins secrètement, plus ou moins ouvertement. »
« On y reconnaît un de ces paysages de collines où l’activité agricole est encore très présente et maintient des continuités ouvertes au milieu de boisements cependant importants sur les pentes les plus fortes. »
Les paysages des collines du Rhone dauphinois sont composés de trois grandes structures paysagères aux ambiances différentes. De manière générale, ils constituent un objet de convoitise pour les urbains souhaitant profiter des atouts d’une campagne bucolique et pittoresque, aux nombreux éléments de patrimoine, culturels, bâtis et naturels. Il s’agit d’un cadre de vie préservé, territoire facilement accessible et connecté aux grands pôles urbains à proximité et aux paysages de qualité.
Mais l’est et l’ouest, aux reliefs distincts, se présentent différemment, l’ouest étant moins urbanisé que l’est. On peut facilement se retrouver seul au milieu du grand plateau de l’Isle-Crémieu, alors qu’il est difficile de trouver un horizon qui ne soit pas jalonné de constructions récentes dans les collines de Morestel et de Saint-Chef, sous pression de l’urbanisation de la vallée de la Bourbre.

« Natif du territoire des collines du Rhône dauphinois, j’y suis resté durant toute ma vie et je me suis engagé, par le mode associatif, pour sa protection afin de le faire reconnaître à sa juste valeur aux yeux de tous. Notre rôle dans le paysage, c’est la mise en place de différents outils ayant pour but la préservation du patrimoine naturel, repris dans les documents de planification.
Les collines du Rhône dauphinois sont souvent méconnues car uniquement perçues et pratiquées comme un lieu de passage pour aller vers Grenoble et les paysages de montagnes à l’est du département. Néanmoins, le plateau de l’Isle-Crémieu renferme des richesses naturelles et paysagères uniques et diversifiées. De vastes mosaïques paysagères se forment : par exemple, un basculement franc de falaises rocheuses vers des zones de tourbières au plateau de Larina, une succession de boisements plus ou moins denses avec une omniprésence de l’eau. Ainsi, cette diversité paysagère se retrouve dans la faune, la flore, leur habitat : toute la biodiversité.
« Le marais du Catelan a un énorme potentiel paysager et écologique de part sa situation géologique ».
Aujourd’hui, lorsque j’observe les paysages de plaine des collines du Rhône dauphinois, je me prends à rêver de l’harmonie entre la part importante de grandes cultures et des zones humides du Catalan. Ce marais a un énorme potentiel paysager et écologique du fait de sa position sur un plateau calcaire et sa proximité de grandes cultures céréalières et de maïs. Sa mise en valeur par un retour en eau formant le plus grand marais de l’Isère améliorerait la qualité de l’eau et surtout la qualité paysagère du lieu, avec un paysage de tourbières étant davantage fermé par rapport à aujourd’hui.
Néanmoins, ce paysage utopique de cette partie de la plaine devient de moins en moins réaliste vis-à-vis du développement de la culture de chanvre. En effet, la mise en place de ce type de culture, servant dans la composition du béton pour le rendre isolant, créerait un renouveau de la filière agricole existante. Ces cultures peuvent être de réelles alternatives au maïs car la plante est bien moins gourmande en eau, surtout l’été. Cela fait sens avec les problématiques autour de l’eau présente dans le département aujourd’hui et probablement dans les années à venir.
« La mise en place de la culture du chanvre créerait un renouveau de la filière agricole existante ».
Notre principal objectif dans ce territoire, c’est de maintenir des paysages ouverts, par la sauvegarde d’espaces de prairies accueillant les animaux d’élevage, de vastes espaces de zones humides et de tourbières et de veiller à l’équilibre avec les espaces de grandes cultures. Nos actions auprès du patrimoine naturel sont : de classer l’existant, sous forme d’inventaires, de l’entretenir par diverses opérations, par exemple pour les étangs, des curages pour évacuer de potentiels éléments polluants, de le sauvegarder par des périmètres de protection et de le valoriser auprès de tous les acteurs locaux par le biais de la médiation et de la mise en norme dans les documents de planification.
« Le plateau de l’Isle-Crémieu, lieu de passage vers Grenoble, renferme des richesses naturelles et paysagères uniques en Isère ».
L’exemple le plus marquant en termes de coopération de nos services pour la sauvegarde d’une qualité paysagère, c’est vis-à-vis des carrières. Dans cette partie de territoire, elles sont souvent « en dent creuse », c’est-à-dire qu’elles sont presque invisibles dans le paysage vu du sol. Nous travaillons en coopération avec les carriers sur les aménagements pour réduire leur impact visuel et leurs effets sur la biodiversité.
Au sujet des enjeux sur ce territoire, j’en vois 2 principaux :
Le premier concerne les étangs du territoire. La plupart sont gérés par le département par le label ENS notamment, avec des mises en place de plans de gestions. Cependant, il en reste encore qui sont privés et donc non régis par une politique de gestion et d’entretien. Le principal risque encouru est la transformation du milieu en des espaces de boisements dans un siècle.
« Un des gros changements depuis ces dernières années, c’est l’avancée de l’urbanisation ».
Le deuxième enjeu concerne l’avancée de l’urbanisation. L’équilibre entre paysage naturel et paysage bâti disparaît peu à peu dans la commune de Vézeronce-Curtin et ses alentours. La pression foncière accélère la disparition des zones agricoles et zones humides au profit de logements d’habitation formant plusieurs conurbations depuis une vingtaine d’années. Évidemment, d’un point de vue d’accroissement démographique dans cette partie du territoire, cette poussée d’urbanisation est un phénomène inévitable mais il peut être accompagné avec une qualité paysagère, une meilleure prise en compte des corridors écologiques et d’autres biais d’amélioration que nous essayons de faire valoir ».
La lecture des paysages est issue de la conjugaison des thématiques observées dans les chapitres précédents. Mais les paysages sont aussi constitués par le regard que l’on porte sur eux et des images que l’on s’en fait, nourris par un imaginaire social et culturel. On ne pourrait donc pas comprendre leur construction sans tenir compte des fondements culturels qui ont forgé leurs représentations sociales.
Voici quelques faits historiques et culturels locaux qui ont marqué les esprits, ont participé à la représentation sociale des paysages et influencent notre manière de les percevoir.