« À ce premier trait d’originalité (couleur locale) s’ajoute celui de l’ambiance générale de bien-être tranquille d’un paysage soigneusement entretenu et protégé, dans le plus grand cirque naturel du département limité à l’est par les crêtes du Dévoluy et à l’ouest par les falaises du Vercors. »
Le cirque du Trièves est l’ensemble paysager le plus méridional du département, situé entre le Vercors, le Dévoluy et la haute-vallée du Drac. Les massifs montagneux aux sommets majestueux, qui entourent le plateau agricole, constituent un écrin pentu et boisé en forme de cirque gigantesque. Colonne vertébrale de l’unité, les gorges de l’Ébron incisent le plateau avant de déboucher dans le Drac au niveau du lac du Monteynard.
À une petite heure de route de Grenoble, il représente un des territoires riche en activité de de loisirs pour de nombreux grenoblois, venant profiter de ses paysages verdoyants composés d’un relief de petites collines, de ravins et aplombs rocheux, d’une agriculture diversifiée et dynamique et de petits villages préservés d’une urbanisation banalisée. En le parcourant, nos sens s’abandonnent à une lecture paisible de ses paysages bucoliques, jamais brusqués par des éléments trop contrastés, furtivement attirés par quelques éléments remarquables, repères naturels ou construits.
La douceur de ses paysages se doit également au contexte géographique du territoire, de sa situation charnière, entre un climat méridional et un climat continental, un plateau vallonné situé à une altitude intermédiaire et des hautes et moyennes montagnes favorisant un environnement tempéré.
Le cirque du Trièves représente ainsi un des territoires préservés de l’Isère, que l’on arpente avec plaisir en traversant des paysages qui sont le fruit d’une relation respectueuse entre l’homme et son territoire.

« Aujourd’hui, la journée s’annonce bien. Comme tous les matins, je sors pour m’occuper des chevaux. Je ne sais pas encore quel itinéraire je vais emprunter dans la balade d’aujourd’hui avec mes promeneurs. On va prendre les chevaux et monter du côté de Clelles, sur le flanc Est du Vercors, rejoindre le gîte géré par mon père. Avec le dédale de sentiers présents dans le Trièves, un large choix de paysages ruraux s’offre à nous : des boisements sur les versants du massif du Vercors, séparés par des prairies pâturée, où se révèlent des silhouettes de hameaux cachées dans la nature. Dans un registre complètement différent, il y a aussi les lacs d’altitude d’un bleu azur bordés dans des écrins rocheux avec une vue dégagée sur les alpages et les hauts sommets du département. Le matin, le soleil fait face à nous et éclaire l’Obiou comme l’acteur principal dans une scène de théâtre.
« C’est comme tout, il n’y a rien qui est et peut être parfait sinon on ne se rendrait pas compte de notre richesse paysagère ».
Par exemple, l’été, je privilégie des balades le long des berges du Drac, avec une végétation ripisylve développée et verdoyante pour aller jusqu’au lac de Monteynard. à ce moment de l’année, le Pic du Mont Aiguille est souvent dégagé, on peut revenir par les forêts. On peut aussi monter vers le Châtel, offrant des beaux points de vue sur tout le Trièves, mais pas trop, le terrain est accidenté et difficilement praticable à cheval. Les paysages du Trièves sont uniques et variés dans le département. Les crêtes du flanc Est du Vercors sont impressionnantes quand on les regarde depuis les berges du Drac. L’alternance des saisons renouvelle en permanence les paysages. Les changements de couleur se remarquent le plus au niveau des cultures. Elles sont très diversifiées, avec des prairies, des cultures fourragères et des vignes à certains endroits. Cela crée une mosaïque paysagère très colorée que je trouve très belle.
« Les changements de couleur dûs aux saisons créent une mosaïque paysagère très colorée ».
Je m’en rends vraiment compte quand je reviens de vacances, je me dis que j’ai de la chance d’avoir un si beau paysage (rires). La perception et la description de notre paysage quotidien sont parfois difficilement objectivables mais la comparaison avec d’autres paysages métropolitains, ou avec des témoignages de promeneurs qui ne sont pas d’ici nous aident à ouvrir les yeux sur le patrimoine naturel environnant de notre territoire.
Malgré tout, il reste des types de paysages avec lesquels j’ai un peu de mal. Comme la visibilité des lignes électriques dans certains hameaux préservés, typiques du Trièves, avec la plupart des maisons avec un toit en écaille. Bien sûr, j’aimerais les gommer mais, il faut se dire que ces lignes ont un rôle majeur dans la qualité des vies des habitants par l’électricité, le téléphone, internet, etc. On ne peut pas se couper du monde non plus surtout dans le monde rural. C’est comme tout, il n’y a rien qui est et peut être parfait sinon on ne se rendrait pas compte de notre richesse paysagère (rires).
Mon rapport avec le paysage se fait également par ma seconde casquette, celle d’exploitant agricole au sein de mon domaine. Avec mon père, nous cultivons en majorité du fourrage et des céréales : orges, avoines et seigles principalement. Une partie des récoltes nous permettent de nourrir les chevaux tandis que l’autre est destinée à la vente.
Je remarque que les motifs paysagers sont en grande évolution depuis que j’exerce ce métier. J’ai l’impression que les forêts avancent sur les prairies se trouvant en pente, étant peu commodes à l’exploitation. Il est difficile de les entretenir par la mécanisation et cela participe à leur délaissement et à l’enfrichement par manque de rentabilité.
« L’assèchement des ruisseaux est de plus en plus tôt dans l’année ».
Le gros changement observable depuis quelques années, c’est le manque d’eau. L’assèchement de certains ruisseaux se produit de plus en plus tôt dans l’année, cela devient vraiment problématique pour les cultures d’une part et d’autre part, pour le maintien de mon activité de randonnée équestre. En effet, les chevaux ont besoin de s’abreuver au cours des randonnées. Le manque d’eau est tel que certains hameaux interdisent de faire boire les bêtes dans les fontaines. Une problématique à surveiller de près pour les exploitants agricoles/éleveurs.
La lecture des paysages est issue de la conjugaison des thématiques observées dans les chapitres précédents. Mais les paysages sont aussi constitués par le regard que l’on porte sur eux et des images que l’on s’en fait, nourris par un imaginaire social et culturel. On ne pourrait donc pas comprendre leur construction sans tenir compte des fondements culturels qui ont forgé leurs représentations sociales.
Voici quelques faits historiques et culturels locaux qui ont marqué les esprits, ont participé à la représentation sociale des paysages et influencent notre manière de les percevoir.